Mise à jour le 5 juin 2009


mai 2008, bulletin, n°14
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Economie



Inexorablement, la crise financière et économique s'approfondit


Semaine après semaine, la crise financière internationale s'approfondit, et la récession est désormais engagée aux états-Unis.

Pourtant, vue d'Europe, cette crise paraît encore lointaine. Certes, le pouvoir d'achat continue de régresser, la remise en cause des acquis sociaux par le gouvernement se poursuit, mais il n'y a pas eu de vagues de fermetures d'entreprises et, à cause de la croissance des contrats précaires et des temps partiels, le taux officiel de chômage a semblé, jusqu'en mars 2008, diminuer légèrement. Quant au PIB, si sa croissance est très médiocre, elle n'est pas encore négative.

Il serait néanmoins erroné d'en rester à ces premières impressions, car la crise s'avance et les conséquences vont en être profondes pour tous les travailleurs et la jeunesse. Qui plus est, parce qu'ils considèrent cette crise comme inévitable, les différents gouvernements et bourgeoisies engagent des politiques de plus en plus brutales contre la population laborieuse. En particulier quand ils sont eux-mêmes en difficulté face à leurs rivaux. C'est le cas du gouvernement Sarkozy.


Un développement par paliers successifs

à la différence de crises antérieures, la crise actuelle ne se développe pas de manière tempétueuse, avec un effondrement immédiat de la production. Et jusqu'à la fin 2007, nombreux étaient les économistes qui considéraient que cette crise resterait limitée à la sphère du crédit immobilier et cantonnée aux états-Unis pour l'essentiel. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le pire est redouté.

Les deux précédents bulletins Révoltes ont suivi les principaux développements de cette crise. Rappelons simplement ici que les prémisses de cette crise sont apparues à la fin de l'hiver 2007.

Déjà, durant l'hiver, une vingtaine de prêteurs spécialisés avaient mis la clef sous la porte aux états-Unis. En février 2007, c'est la puissante banque sino britannique HSBC qui annonce des pertes importantes: c'est un portefeuille de 11 milliards de dollars de prêts hypothécaires accordés à des ménages américains modestes qui est en cause. Or, nombre de ces emprunteurs ont désormais du mal à rembourser. Début avril, New Century, numéro deux sur le marché des « subprimes » se déclare en faillite.

Il est alors manifeste qu'une crise sur le marché des crédits immobiliers se prépare. Mais l'idée générale est alors que cette crise sera limitée et circonscrite.


9 août 2007 : le point de départ de la crise contemporaine

C'est durant l'été que la crise éclate véritablement, C'est d'abord le naufrage de deux fonds de la banque américaine Bear and Stearns le 17 juillet, puis l'extension de la crise aux banques allemandes IKB et Sachsen LB. Enfin, le 9 août, le français BNP Paribas prend une décision rarissime : il bloque les dépôts réputés « liquides » déposés dans trois de ses fonds, et ceci pour trois semaines. Ce 9 août est devenue pour nombre d'analystes le moment o&uagrave; s'ouvre la crise, le « jeudi noir » de la crise contemporaine.

Le point commun à ces événements, c'est le rôle des désormais célèbres « subprimes ». Ce sont des crédits jugés « à risques » parce que accordés à des gens pauvres. Pour cette raison, on leur impose un taux de crédit élevé, généralement variable, très vite insupportable. Les banques se protègent en outre d'une défaillance de remboursement en prenant une hypothèque sur la maison de l'emprunteur. Et les banques se dépêchent de « titriser » ces crédits hypothécaires : ils sont regroupées, mêlés à d'autres types de créances, puis découpés en tranches et vendus alors à des clients aisés en leur promettant monts et merveilles, …jusqu'au jour où, à l'autre bout de la chaîne, l'emprunteur cesse de rembourser…

Ce que l'on prenait pour des « actifs » (des éléments fiables de patrimoine) n'était donc que du capital fictif. Cette réalité, aussi vieille que le capitalisme lui-même, on avait préféré l'oublier… Mais le fait de la redécouvrir provoque immédiatement une méfiance générale : si les « actifs » des fonds ou des banques ne sont que du papier sans valeur, peut-on leur faire confiance? Les clients détenteurs de capitaux se méfient alors des banquiers, et les banques hésitent à se prêter entre elles. En conséquence, le crédit interbancaire devient rare et cher ; ceci peut conduire à la paralysie de tout le système bancaire (c'est ce que l'on nomme un « credit crunch »), et à des faillites bancaires.

Les banques centrales (la Fed, la BCE…), pour éviter cette paralysie, décident alors de prêter aux banques commerciales d'énormes quantités de liquidités à très court terme
. Mais elles se refusent, jusqu'à la mi-septembre, à recourir à une seconde arme : la baisse de leurs taux d'intérêts. En effet, la Banque centrale européenne (BCE) considère qu'il y a un risque d' inflation ( qui serait aggravée par la baisse des taux) ; et la Réserve fédérale américaine (Fed) a été contrainte, durant toute la période écoulée, de remonter ses taux pour éviter l'effondrement du dollar. Il lui est donc difficile de les diminuer…


14 et 18 septembre : panique en Grande-Bretagne ; la FED baisse ses taux

A la mi-septembre, la banque Northern Rock est au bord de l'asphyxie. Cette banque a accordé beaucoup de prêts immobiliers (à longs termes) dont elle finance l'essentiel par des emprunts à courts termes, moins onéreux, et sans cesse répétés auprès d'autres banques. Mais celles-ci, désormais méfiantes, coupent les crédits à Northern Rock. Et les clients, paniqués, retirent leurs dépôts…. La panique ne prend fin qu'avec les garanties apportées par le gouvernement anglais. Mais le problème de fond demeure : la banque a été victime d'un « credit crunch », qui menace tout le système financier internatinal.

La Fed doit dès lors inverser sa politique, et renoncer à la défense du dollar. Le 18 septembre, elle abaisse son principal taux directeur (taux auquel elle prête aux banques commerciales) d'un demi point, à 4, 75%. L'aggravation de la situation des banques dans les mois qui suivent va la contraindre à poursuivre cette voie. Le mois de septembre marque donc un pallier dans le développement de la crise.


Automne 2007 : nouvel affaiblissement du dollar

Avec cette baisse des taux, le dollar reprend sa chute : il faut désormais 1,40, puis 1,42 dollar fin septembre, pour 1 euro, C'est un nouveau record historique. Deux raisons poussent le dollar à la baisse.

La première est que, en octobre, la BCE, maintient à 4% son principal taux directeur. Ce taux restera inchangé jusqu'en avril 2008 au moins tandis que la Fed va multiplier les baisses brutales de ses taux.

L'autre raison est plus profonde : la principale puissance économique du monde est en difficulté croissante, sa balance commerciale atteint des déficits vertigineux et le déficit budgétaire s'envole. L'économie américaine, chaque mois, a besoin de 60 milliards de capitaux pour financer son déficit commercial. Ceci, combiné avec une inflation de 4%, affaiblit le dollar

Le dollar poursuit donc sa glissade, oscillant dans une fourchette de 1,45 à 1,49 à partir de novembre.


Automne 2007 : Des pertes bancaires de plus en plus importantes

Durant tout l'automne, les banques annoncent des pertes d'ampleur croissante du fait des dépréciations de titres hypothécaires. Sont touchées les plus grandes banques américaines, mais aussi européennes (UBS). Et l'on réévalue sans cesse l'ampleur de ces pertes: 100 milliards de dollars en août, 250 en novembre.

Certes, durant l'automne, ces pertes sont compensées par les exceptionnels profits du premier semestre. Mais on prévoit de nouvelles pertes catastrophiques pour 2008. Aussi, en décembre, le « credit crunch » semble imminent. Les banques centrales procèdent alors à des prêts massifs de liquidités à court terme.

Puis la BCE, seule, octroie, 350 milliards d'euros à un taux préférentiel, et pour une durée de deux semaines. Un record historique. « Le pire a finalement été évité » commentera les échos. Mais ces prêts sont à court terme ; La BCE récupère ainsi 400 milliards fin décembre. L'effet est donc limité.


Janvier ; mini-krach sur les Bourses et plan de relance : un nouveau seuil est franchi

Au début d'année 2008, les mauvaises nouvelles se multiplient.

Si toutes les banques n'enregistrent pas des pertes, de nouvelles dépréciations d'actifs sont annoncées, qui contraignent de grandes banques comme Citigroup et Merrill Lynch à trouver des capitaux supplémentaires (respectivement 14,5 et 6,6 milliards). Cela passe par l'émission d'actions vendues à des « fonds souverains » : ces fonds sont des institutions financières contrôlées par des états d'Asie ou du Moyen Orient. C'est là une autre expression des difficultés de la première puissance du monde.

En outre, une nouvelle menace se fait jour, liée à un type d'organismes financiers jusque là restés dans l'ombre, qui jouent un rôle important aux états-Unis : les « rehausseurs de crédit ». Ces organismes apportent leur caution à des emprunteurs qui obtiennent ainsi des crédits à taux moins élevés. Or ces rehausseurs subissent la crise du « subprime ». Le gouvernement américain doit donc trouver de toute urgence un dispositif pour éviter la défaillance des « rehausseurs ». Mais ceci demande temps et argent…

D'autres signaux, tels le recul des ventes de détail aux états-Unis, exacerbent l'inquiétude. Ceci conduit les Bourses à décrocher début janvier. Puis un mini krach balaye les Bourses du 16 au 21 janvier.

Le 17 janvier, Bernanke, le président de la Fed, juge désormais urgent un plan de relance qui «pourrait apporter à l'économie un soutien plus large que des seules baisses de taux ». Bush s'exécute, annonçant un gigantesque plan de relance. La panique ne s'en poursuit pas moins.

Le mardi 22, la FED décide de frapper fort, baissant de manière imprévue de 0,75% son principal taux directeur. Le 30 janvier, nouvelle baisse d'un demi point. En moins de dix jours, ce taux a été ramené de 4,25% à 3%, Il faut remonter au début des années 80 pour trouver des baisses de taux aussi fortes.

Mais les mauvaises nouvelles se poursuivent : après les 5 milliards de pertes attribuées par La Société Générale à un « trader fou », ce sont les pertes massives annoncées le 31 janvier par MBIA, le plus important des rehausseurs de crédits : 2,3 milliards de pertes pour le seul 4° trimestre 2007.

Ces nouvelles interventions de la Fed permettent néanmoins de limiter la chute des marchés, entre 4 à 16% pour la plupart de Bourses. Ainsi la crise boursière est colmatée. C'était le plus urgent.


Février-mars : approfondissement de la crise aux Etats Unis

Le plan de relance doit aussi éviter l'effondrement de l'économie. En quelques jours, Démocrates et Républicains se mettent d'accord sur un plan de 168 milliards de dollars, équivalent à 1% du PIB. Il comporte des remises d'impôts aux particuliers (et des chèques pour les plus pauvres), et 70 milliards de cadeaux fiscaux pour les entreprises. Le déficit budgétaire bondit ainsi à 400 milliards de dollars.

Mais l'urgence est d'éviter le naufrage des banques et la récession ; or les signaux d'alerte se multiplient. La crise immobilière est désormais jugée comme la plus profonde depuis la grande crise des années trente. Les mises en chantier ont reculé de 60% en deux ans ; les prix baissent, les délais de vente s'allongent. Et la crise financière se poursuit : à la fin de l'année 2007, les défaillances de remboursements sur les prêts immobiliers atteignent le niveau historique de 7, 9%. Aussi les pertes bancaires s'accroissent-elles.


Mars 2008 : nouvelle chute du dollar

Le dollar franchit la barre symbolique de 1 euro pour 1,50 le 26 février. Deux semaines plus tard il faut 1,56 dollar pour 1 euro. Sans que le déficit commercial n'en recule pour autant. Au même moment, l'or atteint 1000 dollars l'once. Cette dévalorisation du dollar accentue la hausse du pétrole, le baril atteignant 111 dollars contre 76,5 en août dernier.

Désormais, le gouvernement américain redoute une chute incontrôlée provoquant une fuite des capitaux. Mais que faire ? Pour remonter le dollar, il faudrait que la Fed remonte ses taux alors même qu'elle les baisse pour éviter un « credit crunch » et le krach économique. La contradiction est désormais nouée. Or la crise de liquidité interbancaire, loin de se résorber, s'accentue.


7 au 15 mars 2008 : « le système menace d'imploser »

Une nouvelle intervention est décidée, qualifiée de « colossale ». La Réserve fédérale décide de prêter aux banques ses propres bons du trésors, considérés comme sûrs. En contrepartie, elle prend des créances hypothécaires prétendues fiables à hauteur de 200 milliards de dollars …

Ce qui revient à transférer le risque sur la banque centrale américaine. Mais il fallait « éviter un krach généralisé » car « le système menace d'imploser » commente la Tribune du 12 mars. Certaines faillites sont en effet imminentes. Ainsi, le fonds Carlyle Capital Corporation (CCC), que l'on croyait à l'abri de la tempête, puisque ayant investi dans des titres jugés très sûrs, …est mis en faillite le 13 mars.

Puis c'est Bear Stearns, la cinquième banque d'investissement américaine, qui est paralysée par la fuite continue de ses clients, lesquels ont retiré 9 milliards depuis l'été 2007,

Le 14 mars, la Fed confie à la banque JP Morgan le soin de racheter Bear Stearns, laquelle n'est plus valorisée que 2,1 milliards de dollars, le dixième de ce qu'elle « valait » un an auparavant.

La Fed prête pour cette opération 29 milliards de dollars ; en échange, elle prend provisoirement sous son contrôle les 30 milliards d'« actifs » de Bear Stearns. Ce montage permet à JP Morgan de limiter à 1 milliard de dollars les nouvelles éventuelles pertes ; au-delà, ce sera la FED qui paiera…


« La FED abat toutes ses cartes » (La Tribune du 18 mars)

Outre ces interventions, la Réserve fédérale abaisse d'un quart de point son taux d'escompte (l'intérêt est immédiatement déduit du prêt) ; et elle porte la durée de ces prêts pour temps de crise de 30 à 90 jours.

Puis, le 18 mars, elle baisse de 0,75% son principal taux directeur (taux ordinaire de prêt). En six mois, ce taux est ainsi passé de 5,25 à 2,25%, bien en dessous de l'inflation qui est à 4%.

Résumons : Baisse de taux d'intérêt directeur de 3%; baisse du taux d'escompte; ouverture de ce guichet d'urgence aux banques d'affaires et non plus aux seules banques commerciales (ce risque n'a pas été pris depuis 1930) ; injection de liquidité par centaines de milliards ; sauvetage de Bear Stearns, …

Cette politique interventionniste de la Fed vise à sauver un système menacé par une crise financière qui, selon Greenspan, « va vraisemblablement être jugée comme la plus grave depuis la fin de la guerre ».

Mais, pour sauver Bear Stearns, pour multiplier les injections de liquidités, la Fed accepte de prendre en pension des titres hypothécaires de plus en plus risqués …. Or la Fed a déjà engagé 400 milliards sur 870 milliards de réserves disponibles pour de telles opérations.

On voit ainsi arriver le moment où la Fed aura épuisé ses possibilités. Et toute son activité pour sauver le système bancaire se fait au détriment de la préservation de sa monnaie. Qui dévisse…

Fin mars, le dollar oscille entre 1,57 et 1,59 pour 1 euro. Puis franchit, le 22 avril, le seuil de 1,60.

A trop baisser ses taux, la Fed prend un risque majeur, aggravé par le fait que dollar est la principale monnaie de réserve. Une défiance brutale à l'égard du dollar conduirait les détenteurs de cette monnaie de réserve à jeter sur le marché des flots de papier dollar : un cataclysme que personne n'ose imaginer.


La crise financière n'est pas finie

La Fed peut soulager temporairement les banques, mais les actifs dévalorisés ne reprendront pas leur « valeur » ancienne. Une part des pertes est irrémédiable. Son montant reste une interrogation.

Les banques auraient déjà perdu entre 200 et 440 milliards de dollars. Le FMI prévoit que les pertes dues aux subprimes pourraient « atteindre le chiffre astronomique de 945 milliards de dollars ». Mais, aux états-Unis, les crédits « de mauvaise qualité » pèsent à eux seuls 1300 milliards. Et il y a tout le reste….

Ainsi en est-il des 600 milliards de prêts classés « Alt-A » » accordés entre 2005 et 2007 ; on les considérait jusqu'alors comme fiables. Ils sont désormais touchés par les défauts de remboursements. Les cartes de crédit aux USA constituent une autre bombe à retardement. Le montant total des dettes sur ces cartes atteint 915 milliards de dollars ; en un an, le volume des impayés a cru de 18%.

Les américains obtenaient en effet de nouveaux crédits garantis par la hausse de la « valeur » de leur maison. La chute de l'immobilier ne permet plus d'accroître ses emprunts, ni même de le reconduire. Pire, certains utilisent désormais, leur carte de crédit pour rembourser leurs intérêts hypothécaires. Puis ne peuvent plus rien rembourser. Or ces crédits sur cartes bancaires ont également été titrisés !

Les banques accordent donc moins de crédits, et haussent les taux, jusqu'à 28% chez Bank of America. La consommation est ainsi touchée. La récession devient inévitable aux états-Unis.


« Ce que nous avons constaté au premier trimestre, c'est l'entrée en récession ».

Cette récession est-elle déjà engagée ? Les statistiques sont approximatives, souvent corrigées plus tard.

Ainsi pour l'emploi. Début mars, on annonce une diminution de 80 000 emplois pour janvier et février (le solde entre suppressions et créations d'emplois). Début avril, cette diminution est réévaluée à 152 000 tandis que l'on annonce pour mars 80 000 suppressions supplémentaires. C'est la première fois depuis 2003 que les états-Unis suppriment des emplois trois mois consécutifs.

Il est vraisemblable que l'économie américaine est déjà en récession, ce terme étant utilisé quand l'évolution du PIB est négative deux trimestre au moins. C'est ce qu'affirme l'économiste en chef de JP Morgan: « ce que nous avons constaté au premier trimestre, c'est l'entrée en récession ».

D'ores et déjà, des plans de licenciements brutaux sont à l'œuvre dans le secteur financier qui en dix mois, a supprimé 47.000 emplois. Pour les 18 mois à venir, les seules banques généralistes devraient licencier 8 à 10% de leurs effectifs, entre 150.000 et 200.000 salariés. Chez Bear Stearns, 50% des salariés vont perdre leur emploi.


Le crédit, une drogue épuisée

Ce qui accentue la menace d'une crise de grande ampleur, c'est que toute la production américaine a été maintenue sous perfusion par le crédit à la consommation. Or, la consommation représente plus des deux tiers du produit intérieur brut des états-Unis.

Le crédit a permis en particulier de relancer l'immobilier et l'automobile, et aussi la consommation générale par le biais des cartes de crédit. Ce moteur fait aujourd'hui défaut en dépit de la baisse des taux.

La construction de logements atteint son plus bas niveau depuis 17 ans.

Dans l'automobile, la baisse des ventes est engagée ; elle touche très fortement les gros modèles, les plus profitables pour les constructeurs. Alors que des plans massifs de réduction d'emplois sont déjà en cours, cette baisse va entraîner de nouveaux licenciements.

Pour faire face à la récession qui menace, Bush et la Fed répètent la politique qu'ils avaient mis en œuvre pour surmonter la crise de 2001-2002 : celle-ci fut littéralement « gommée » (c'est-à-dire reportée) à coup de baisses de taux d'intérêt, de cadeaux fiscaux et de déficit budgétaires.

Mais alors le dollar était haut grâce à des taux élevés et le déficit budgétaire faible…Ce n'est plus le cas. La même politique est répétée alors que le déficit budgétaire est déjà fort et que le dollar est plus faible que jamais. Les gouvernements et les banques centrales tentent encore une fois de reporter la crise. Mais ils ne peuvent pas intervenir sur le fonctionnement profond du système capitaliste.

Pour que la production économique puisse vraiment repartir, il faudrait une remontée générale du taux de profit. Ceci implique non seulement une baisse massive et générale de la valeur de la force de travail, à commencer par une baisse des salaires réels, mais la liquidation massives d'une grande partie des moyens de production. Sinon, pourquoi les capitalistes prendraient-ils le risque de relancer l'investissement ?

Parce que le système capitaliste est celui de la propriété privée des moyens de production, chaque détenteur de capital reste libre de ne pas investir, ou de fermer des entreprises si les profits sont insuffisants. Et ce système n'est pas régulable. En vérité, les crises économiques sont le seul régulateur du système capitaliste, le moyen brutal de rétablir un équilibre provisoire qui prépare aussitôt une prochaine crise. Ceci au prix d'immenses souffrances humaines et d'un formidable gaspillage de moyens de productions.


La crise immobilière et bancaire touche l'Europe

La crise financière venue des états-Unis a touché dès l'été les banques européennes. En Allemagne, huit mois après le début de la crise, le gouvernement et les institutions financières continuent d'intervenir pour compenser de nouvelles pertes des banques IKB et Bayern LB, et pour sauver WestLB.

Les banques françaises annoncent de nouvelles pertes. Et, à Londres, le ministre des finances, décide le 17 février de « transférer temporairement la propriété de Northern Rock au domaine public », prenant soin de ne pas parler de « nationalisation »…

Quant à la crise de l'immobilier, elle touche aussi l'Europe : chute de 18% des constructions en Irlande, effondrement de l'immobilier en Espagne, où les ventes ont baissé de 27% en un an.

La France n'échappera pas plus à la crise. Les mises en chantier ont chuté de 10% au premier trimestre (par rapport à l'année précédente). Et les derniers chiffres indiquent, pour le mois de mars, une remontée de 0,4% du taux officiel du chômage, soit au moins 82200 chômeurs supplémentaires.


Le capitalisme : un mode de production historiquement dépassé

La question pour beaucoup est désormais de savoir quelles seront la profondeur et la durée de la crise, et dans quelle mesure cette crise se répercutera sur le reste de la planète.

Mais, on l'a vu, les premières conséquences touchent déjà l'Europe ; ce qui est en mouvement, ce n'est pas une crise américaine avec des répercussions ailleurs, mais une crise du système capitaliste dans son ensemble avec son épicentre aux Etats-Unis.

Si cette crise se développe, les menaces vont s'accroître sur le dollar. Sauf à remonter fortement les taux d'intérêt en provoquant un krach économique immédiat, la Fed n'a plus guère de moyens de défendre le dollar et d'éviter le krach monétaire.

Ce sera l'état américain qui devra alors intervenir massivement, sur le plan financier et économique. Mais celui-ci est perclus de dettes…Ce qui est donc prévisible, c'est la remontée du protectionnisme, l'exacerbation des rivalités et conflits entre les grandes puissances : autre manière d'aller à la catastrophe.

On ne peut prévoir ni les rythmes ni les délais. Mais ce qui est certain c'est que, pour une part croissante de la jeunesse et de la population laborieuse, va grandir la conviction que le système capitaliste a fait son temps, plus que son temps, qu'il ne peut apporter que la misère, et qu'il devient impérieux de mettre fin à la propriété privée de moyens de production, cause fondamentale des crises et de l'inégalité sociale.


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