Mise à jour le 5 juin 2009


septembre 2008, bulletin, n°15
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Immigration



À quels obstacles se heurtent les grèves de sans papiers ?


Des grèves de travailleurs sans papiers ont éclaté contre les conséquences de la loi Hortefeux En effet, « Depuis juillet 2007, [les entreprises] doivent faire contrôler, par les préfectures, les pièces d'identité de leurs salariés étrangers. L'effet a été couperet, dévoilant 10 % d'embauches irrégulières selon le ministère de l'Immigration, qui estime à 300 000 les clandestins. Pour se prémunir contre les poursuites, les entreprises ont licencié et, du coup, nourri la mobilisation ». (Liaisons sociales septembre 2008) En réponse, le 7 janvier 2008, une circulaire d'application de la loi Hortefeux invite les patrons de "bonne foi" ayant embauché des travailleurs "sans papiers" à se présenter en Préfecture pour obtenir leur régularisation : les patrons qui, dans l'illégalité, font travailler des sans papier peuvent ainsi demander leur régularisation et éviter toute condamnation s'ils déclarent qu'ils ignoraient que les salariés embauchés étaient «sans papiers » !

Le 15 avril, Le Monde écrivait :

« Mardi 15 avril, à 8 heures, une centaine de travailleurs sans papiers ont investi le siège de l'organisme de formation des entreprises de nettoyage Faf Propreté, à Villejuif (Val-de-Marne). Au même moment, une vingtaine d'ouvriers en situation irrégulière occupaient un chantier dans le 13e arrondissement de Paris. Dans l'Essonne, à Wissous, une quinzaine de salariés sans titre de séjour manifestaient sur leur lieu de travail, une filiale de Veolia propreté. à 9 heures, une quarantaine de salariés de Millenium, société de nettoyage industriel, occupaient eux aussi leur entreprise, située à Igny, toujours dans l'Essonne. à Paris, un peu plus tard, vingt cuisiniers de la chaîne de restaurant Chez Papa, dans le 10e arrondissement, et huit autres de Pizza Marzano, dans le 9e, devaient occuper leurs établissements. Près de 300 travailleurs sans titre de séjour se sont mis en grève illimitée, le même jour, dans cinq départements de l'Ile-de-France, occupant le siège de plus d'une dizaine d'entreprises. Un mouvement qui a été organisé et coordonné par la CGT. (...) »

à partir du 15 avril, des mouvements de grève de travailleurs sans papiers ont émergé dans plus de 70 entreprises, pour l'essentiel en Ile-de- France ; ils ont été soutenus et organisés par la CGT (et l'association Droit devant).

Le 26 avril, la CGT et Droits devant proposent de déposer 600 dossiers de travailleurs sans-papiers grévistes. Le ministère accepte cette proposition et s'engage à examiner jusqu'à 1000 dossiers. De son côté, la CSP 75 (Coordination de collectifs parisiens de sans-papiers : 11ème, 12ème, 18ème, 19ème arrondissements) qui organise essentiellement des sans papiers isolés, tente, le 30 avril, de déposer collectivement à la préfecture de police de Paris un millier de dossiers. La Préfecture refuse de les prendre en prétendant que la CSP doit s'adresser à la CGT en vertu de "l'accord" entre la CGT et le gouvernement. La CSP se tourne donc vers la CGT, et le 4 mai, la direction CGT annonce son refus de faire des démarches auprès du ministère de l'immigration pour le dépôt groupé des dossiers de la CSP 75. Le 12 mai, lors d'une émission sur Europe1 Bernard Thibault affirme qu'il est pour une régularisation au cas par cas des dossiers déposés par la CGT, et que, pour le reste, «non, nous ne voulons pas la régularisation globale des sans-papiers ». En conséquence, suite à la manifestation du 1er mai à laquelle ont participé nombre de sans papiers, la CSP, qui demandait une égalité de traitement entre tous les dossiers, a appelé à l'occupation de la Bourse du travail (siège de la CGT) par les sans papiers: «Nous avons eu quatre rendez-vous avec la CGT car on voulait nous aussi faire des occupations de lieux de travail », rappelle Sissoko Anzoumane, responsable du CSP75. «Mais ils nous ont baladés, en nous disant qu'il fallait attendre que Sarkozy s'exprime. Et quand ils ont eu un rendez-vous avec le cabinet du ministère de l'immigration, ils ne nous ont même pas prévenus. » (site du Quotidien des sans papiers : http://quotidiensanspapiers.free.fr/). Selon la direction de la CGT, on comptait cet été plus de 850 travailleurs régularisés, au cas par cas, dans les préfectures, parfois avec l'aide des chefs d'entreprise. Mais sur les 1300 sans papiers inscrits à la

Bourse du travail, 600 dossiers déposés étaient en attente dans les bureaux de la préfecture. Et chaque soir, environ 800 personnes dorment à la Bourse du travail... Au-delà de simples querelles de chapelles, c'est l'axe du combat qui est posé. Francine Blanche, membre du bureau confédéral de la CGT, a «salué l'adoption de l'article 40 de la loi Hortefeux. Nous allons enfin pouvoir agir au sein des entreprises en montant des dossiers de régularisation. » Tout en regrettant la publication de listes de métiers, elle demande «qu'elles puissent être modifiées et examinées région par région, de sorte qu'on régularise pragmatiquement des salariés qui cotisent, paient des impôts et contribuent à la richesse nationale. à la CGT, nous sommes attachés à la de tous les sans-papiers salariés. » (Interview publié par La CGT Ensemble, décembre 2007 http://docsite.cgt.fr/1196954543.pdf). La direction de la CGT a abandonné la revendication de "régularisation de TOUS les sans-papiers" (mot d'ordre figurant dans les textes du 48ème congrès CGT d'avril 2006) au profit de la seule "régularisation des sans-papiers salariés". Puis, depuis à la mi-août, elle réclame «la régularisation du salarié dès lors où il a une promesse d'embauche de l'employeur et que le métier exercé est en déficit de main d'œuvre ». Ainsi, parce qu'il s'aligne sur les besoins immédiats du patronat, sur la logique du marché capitaliste, l'appareil se plie aux exigences de la loi Hortefeux et de la circulaire du 7 janvier 2008! Il faut noter la position de la LCR (exprimée dans Rouge) «La décision de la coordination 75 des collectifs d'occuper les locaux de la bourse du travail de Paris ne nous semble pas être une réponse pertinente à cette provocation. L'urgence est de favoriser l'unité et l'élargissement du mouvement contre le gouvernement et pour le soutien concret aux grévistes des sites occupés. » Mais à aucun moment, la LCR n'intervient pour que la direction de la CGT (celle de FO, des partis ouvriers) se prononce pour la régularisation de TOUS les sans papiers. Pour que l'unité se réalise sur les mots d'ordres suivants :

Régularisation sans condition de TOUS les sans-papiers.

Abrogation de toutes les lois anti-immigrés, à commencer par les lois Hortefeux, CESEDA.... (et aussi des lois Fontanet-Marcellin de 1972 en passant par Bonnet-Stoleru de 1980, Pasqua de 1986, Chevènement de 1998...)

Arrêt immédiat des expulsions. Fermeture des centres de rétention

Libre circulation pour tous (avec ou sans la nationalité française) !

Défense du droit d'asile !

Possibilité pour les travailleurs immigrés de faire venir leur famille ; droits au logement, égalité de salaire, des droits sociaux, droit effectif à l'école pour leurs enfants...

Mêmes droits politiques (en particulier droit de vote à toutes les élections locales et nationales ).

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