Mise à jour le 5 juin 2009


février 2009, bulletin, n°16
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Économie



On ne peut réguler le capitalisme


Si l'on croyait Sarkozy, « La crise financière n'est pas la crise du capitalisme. C'est la crise d'un système qui (…) a trahi l'esprit du capitalisme ». Affirmons le contraire : la crise actuelle est une crise inhérente au système capitaliste lui même, une crise du capitalisme tout court.


Les crises sont inhérentes au capitalisme

Les crises (environs tous les dix ans, parfois 7 ou 8 ans) sont inhérentes au fonctionnement de l'économie capitaliste. Quatorze crises se succèdent entre le début du 19° siècle et 1929. Celle de 1929 ne prend vraiment fin qu'avec la seconde guerre mondiale. L'économie de guerre puis la « reconstruction » permettront de relancer la production économique.

Ces crises ne sont pas des crises de « sous production » mais des crises de
« surproduction ». En précisant : il n'y a pas surproduction par rapport aux besoins de la population ; on manque ainsi de logements. Mais il y a surproduction par rapport à ce qui peut être vendu sur le marché.

De fait, la crise, dans le cadre du système capitaliste, est le seul moyen de « réguler » l'économie capitaliste, en faisant payer cette crise aux salariés, aux petites entreprises, aux « canards boiteux »…

La raison ? Le capitalisme, c'est d'abord l'anarchie de la production : chaque propriétaire de capital fait ce qu'il veut de son capital, investit où il veut, ou peut refuser d'investir. C'est ce que la bourgeoisie appelle la liberté…

Cette liberté pousse les investisseurs qui recherchent le profit à investir au même moment sur les mêmes créneaux, ce qui conduit à la surabondance des produits et moyens de production.

Dès lors, dans le système capitaliste, le seul moyen de relancer la production économique (investissements puis consommation), c'est d'abord de fermer les usines, de licencier, de réduire les salaires, de casser les machines les moins performantes : le profit peut ensuite revenir, et l'exploitation du prolétariat peut reprendre de plus belle.


Les crises à l'époque du capitalisme des monopoles

Cette alternance de phases de croissance et de phases de crises qui marque le XIX° siècle, n'a pas disparu au XX° siècle mais il est marqué par quelques particularités qui sont liées à l'évolution du capitalisme. Les traits dominants de cette évolution, réels depuis le début du 20° siècle et profondément accentués depuis, sont consécutifs au rôle croissant des monopoles.

Ces monopoles, qui s'approprient une part essentielle des profits, ont les moyens de nouer des liens étroits avec l'appareil d'état et les gouvernements. L'état bourgeois n'est plus seulement l'instrument chargé de défendre la propriété capitaliste en général et de maintenir l'ordre bourgeois. Il est chargé d'intervenir tout particulièrement au compte des intérêts des monopoles.

C'est cette logique qui conduit les gouvernements à sauver d'abord et avant tout les banques et les principaux groupes industriels et financiers.

Ces interventions influent donc sur le développement des crises.


La peur de la révolution

Une autre raison majeure pousse l'état bourgeois à intervenir pour limiter l'ampleur des crises : c'est la crainte que jaillissent des mouvements sociaux voire révolutionnaires. Ainsi, dans les années qui suivirent la seconde guerre mondiale, de coûteuses concessions furent faites aux travailleurs (Sécurité sociale, congés payés…). Ces concessions s'ajoutèrent aux moyens offerts à la petite bourgeoisie qui constitue une base sociale décisive pour maintenir l'ordre bourgeois. Cela a engendré des dépenses de plus en plus importantes. Pour y faire face, l'état s'endetta….Ainsi l'état américain, qui était hégémonique y compris financièrement en 1945 avec le dollar convertible en or, se couvrit peu à peu de dettes…jusqu'à devoir renoncer à la convertibilité du dollar en 1971. Ce fut la fin du système instauré à Bretton Woods.


Un formidable endettement

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les crises cycliques n'ont pas disparu. Mais elles ont été atténuées du fait de l'intervention massive de l'état et des institutions financières. Au cœur de ces interventions : la relance du crédit. La baisse des taux d'intérêt, devenus quasi nuls, permet de relancer les emprunts des particuliers et des entreprises. A cela s'ajoutent les baisses d'impôts aux particuliers et aux entreprises, ce qui conduit à augmenter l'endettement de l'état.

Le recours à l'endettement (de l'Etat et des particuliers) permet ainsi de gommer les effets de la surproduction. Le marché peut alors absorber, pour un temps, la surproduction sans avoir à augmenter les salaires (voire en les réduisant). Car, pour les capitalistes, il est hors de question d'augmenter les salaires, bien au contraire. Contrairement à ce que racontent les néo -keynésiens et leurs amis (au PS, au PCF, ou ailleurs..), toute hausse des salaires conduit en effet à faire baisser profit et taux de profit, et donc à réduire les investissements. Dans le système capitaliste, la crise n'est en aucun cas provoquée par l'insuffisance des salaires. Au contraire, toute baisse (relative ou absolue) des salaires fait le bonheur de l'actionnaire et du système.

Comment alors vendre davantage ? La baisse des taux et l'explosion du crédit sont la réponse : ce sont deux puissants moyens de contrecarrer la baisse du taux de profit, et de relancer la machine économique. Mais ceci ne fut possible qu'avec la suppression de toute référence à l'or, ce qui a permis une émission fantastique de liquidité sans contre parties.


Quatre décennies de cavalerie financière

Un tel système ne peut durer éternellement. Mais il fonctionna plus ou moins bien durant quatre décennies.

La croissance de la dette des états depuis 40 ans est devenue une donnée économique majeure : tous les Etats sont endettés jusqu'au cou. A ces dettes s'ajoutent celles des ménages et des entreprises. Avant même le plan Paulson, le total des dettes américaines (états, entreprises, particuliers…) s'élevait à 3,15 fois le produit intérieur brut (PIB). La dette du seul état fédéral américain est passée de 5 600 milliards de dollars en 1996 à 9 600 milliards en septembre 2008, puis 10 600 milliards fin novembre 2008.

Il s'agit d'une véritable cavalerie financière. Celle-ci avait été une fois encore relancée lors de l'arrivée au pouvoir de Georges W Bush en janvier 2001. Le plan de Bush visait à bloquer la crise qui venait de s'engager par de forts cadeaux fiscaux aux couches « moyennes », la relance des dépenses de l'Etat et la baisse des taux d'intérêt. Ce plan Bush évita alors la faillite des grandes compagnies d'automobiles et relança fortement la construction dans l'immobilier. De fait, la crise de fin 2000 - 2003 fut sans doute la plus faible de l'histoire.

Arrive le jour où les capacités de remboursement ne suivent plus, en dépit des échafaudages fabuleux imaginés. Et tout commence à s'écrouler.


Ils n'avaient pas le choix

Les discours bien-pensants à la mode expliquent que cette crise aurait sa source dans la sphère financière, que ce serait le résultat d'un manque de « régulation », de mesures irresponsables qui étaient évitables….

On doit poser le problème autrement : La crise a éclaté dans la sphère financière, mais elle est la conséquence de l'asphyxie de la sphère productive. C'est la difficulté à réaliser des profits substantiels dans la production qui a poussé les possesseurs de capitaux à placer dans la finance, la spéculation, les crédits hypothécaires, etc…L'émission massive de capitaux a accéléré le processus. Sait-on que, depuis février 2006, les Etats-Unis ont cessé de publier le montant de leurs émissions monétaires ?

C'est la difficulté des capitaux à réaliser suffisamment de profits dans la production qui a poussé les gouvernements (sous la pression des détenteurs de capitaux) à « déréguler » pour que la machine continue de fonctionner. Ce ne fut pas là une « erreur » de leur part mais une fuite en avant nécessaire…jusqu'à la crise majeure. Pour éviter un krach général, les gouvernements multiplient les interventions à coups de centaines de milliards de dollars pour « sauver » les banques, et relancer la production.

En vain jusqu'à présent. Car aujourd'hui, les investissements s'effondrent tout simplement parce qu'il n'y a plus de profits à en attendre.

Tout au plus peut on dire, comme un analyste financier l'a formulé, qu' « ils achètent du temps ».
Les états sont en première ligne

En procédant ainsi, les gouvernements montrent bien l'inanité de leurs discours antérieurs sur le « moins d'état ». Cette formule vaut lorsqu'il s'agit de liquider les acquis sociaux et toutes les lois et réglementations que la classe ouvrière avait réussi à imposer. Et cette formule vaut aussi pour les capitalistes dans les phases d'euphorie spéculative : aucune entrave ne doit être mise à la course au profit et à la circulation des capitaux. Mais l'état ne change pas de nature quand la crise contraint les gouvernements bourgeois à changer leur fusil d'épaule : quel que soit le moment de la situation économique, ils demeurent des Etats bourgeois dirigés par des gouvernements bourgeois ; quand la crise survient, ces Etats volent au secours de « leurs » banques, et c'est chacun pour soi même s'ils tentent d'éviter la dislocation du marché mondial dont tous pâtiraient.


Des gouvernements, institutions et États
exclusivement au service du Capital


Face aux mesures de grandes ampleurs décidées par les différents gouvernements, la voix des dirigeants syndicaux, ceux du PS, du PCF ou de divers groupes se font entendre tantôt pour se féliciter de telle ou telle décision, tantôt pour en critiquer l'insuffisante ampleur. Ils parlent pour « conseiller » le gouvernement, comme s'ils étaient eux-mêmes de plus efficaces défenseurs du capitalisme que les banquiers et gouvernements bourgeois.

Mais au profit de qui ces interventions ? Qui va payer ? Où trouvent-ils l'argent ?

Ce sont des questions que les travailleurs ne cessent de poser. Car les sommes sont monumentales. Or, ce sont d'abord les travailleurs qui vont payer. Ainsi la « nationalisation » des banques, partielles ou totales, ne constitue en aucun cas une mesure qui aurait un caractère « socialiste ». Partielles ou totales, ces nationalisations sont « provisoires » et, par l'impôt, les travailleurs vont en payer le renflouement.


Quelques mesures transitoires

A l'inverse de cette logique, il est nécessaire de formuler des mesures immédiates sans prendre en compte les intérêts des capitalistes et du système mais ceux des salariés, de la grande masse de la population. En particulier : les banques et assurances doivent être expropriées, sans indemnité ni rachat, et les livres de compte être ouverts sous contrôle des travailleurs, et notamment des salariés des banques qui connaissent les mécanismes . Faute de quoi il ne peut y avoir aucun contrôle des mouvements de capitaux.

De même les salaires doivent être garantis et les licenciements interdits.

Mais toutes ces mesures, mêmes transitoires, imposent la mobilisation de masses et la construction d'un parti révolutionnaire dont l'objectif soit d'instaurer un gouvernement ouvrier, pour le socialisme.
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